Peuples d'espoirs

" Aux âmes libres de toutes les nations qui souffrent, qui luttent et qui vaincront "
dédicace du roman "Jean-Christophe" de Romain Rolland - 1912

France



Un chant d'Ibuka en souvenir du génocide des Tutsi du Rwanda

Dieu caricature Charlie !

L'auto-intoxication française ...

La France est auto-proclamatrice de sa "grandeur". Qu'est-ce que la "grandeur de la France"? Selon moi, c'est la nostalgie du XVII ème siècle telle que présentée par le "Lagarde et Michard", collection, symbole, de manuels de littérature française des lycées et collèges par lesquels la majorité des élites françaises actuelles fut formatée à notre culture. Que dit ce manuel en introduction de ce  XVII ème siècle ?

 "Le XVII ème siècle français se place sous le signe de la grandeur. C'est le siècle où par l'éclat des lettres et des arts autant que par les armes, la France domine l'Europe".(édition du 4 ème trimestre 1967)

Dans ce manuel, les superlatifs pleuvent à chaque phrase : "éclatante époque", "majestueuse" époque, "années glorieuses du règne de Louis XIV". Bref le culte de notre culture et de sa domination ne peut guère être porté plus à son paroxysme. Les communistes et les autocrates de tous les pays n'ont rien inventé ensuite en matière d'auto-promotion. Cette déraison collective auto-formatée se retrouve aussi à propos d'autres époques, en particulier celle de Napoléon Bonaparte.

On ne peut pas trouver d'éducation nationale plus partiale et imbécile, plus centrée sur l'idée qu'elle se fait d'elle-même, plus étrangère au sens critique, dont elle se glorifie pourtant, notamment en référence au siècle suivant. Ce dernier n'est pas moindrement commenté, présenté comme étant celui des "lumières"... dont le centre de gravité serait essentiellement la France et sa révolution, même si elle fut précédée d'un siècle par la "Glorious Revolution" d'Angleterre et de deux ans par la constitution des Etats-unis d'amérique de 1787. Bref une culture de beaux parleurs, d'embobineurs et de menteurs, imbus de leur propres superlatifs.

La France serait aussi "le pays des Droits de l'Homme", le pays de la révolution française et donc de la séparation des pouvoirs. Ils imposent que "l'exécutif" exécute les décisions de justice et fasse respecter les lois élaborées et votées par le parlement. Corrélativement l'exécutif devrait mener une politique qui permette aux citoyens de respecter honnêtement et dignement les lois. Les principes républicains sont en fait devenus un autre pivot de mensonges.

Que signifie, par exemple,  la condamnation à de la prison d'un père divorcé qui n'a aucune ressource parce qu'il n'a pas d'emploi ou d'allocations pour payer une pension alimentaire et alors que tout montre qu'il s'organise pour pouvoir travailler ? Que signifie qu'un conseil de l'ordre des avocats, qui se pose d'emblée en défenseur des avocats au lieu d'être à la hauteur de sa qualité d'arbitre conféré par la loi, juge et parti entre les avocats et les justiciables, n'applique pas à ce père une aide judiciaire totale en refusant de reconnaître l'évolution négative de sa situation ? Que signifie que l'on condamne une famille ou une personne à quitter son logement parce qu'il n'a plus les moyens de payer son loyer ? Que signifie que l'on protège ceux qui maintiennent des parcs de logements vides pour influencer le cours du marché de l'immobilier en toute impunité et que des familles ayant des ressources qui font exploser les plafonds restent dans des HLM ? Que signifie que l'on considère comme normal qu'on licencie en prévision d'un meilleur bénéfice ? Que signifie que le gouvernement fasse le VRP pour passer des contrats (et récupérer éventuellement des rétro-commissions) alors que c'est le boulot des chefs d'entreprises ? Que signifie que le gouvernement décrète des programmes et des rythmes scolaires alors que c'est le boulot de la communauté éducative ? Que signifie que le gouvernement fasse des projets de lois alors que c'est le boulot du parlement. Etc, etc, etc...

Au lieu de répondre à ce genre de questions, quantitativement massives, on voit l'exécutif français considérer que la solution serait que les pouvoirs judiciaires et législatifs devraient lui être totalement subordonnés et accuser les refus concrets de cette conception d'être "excessifs". La classe dirigeante a perdu la tête, de l'extrême gauche à l'extrême droite, et depuis longtemps. C'est le reflet de notre partialité culturelle. Le gouvernement, les gouvernements ne font pas leur travail, ils veulent tout faire eux-même et les Français veulent des gouvernements qui travaillent à leur place et soient responsables de tout. C'est le règne du n'importe quoi.

On accapare la démocratie pour des raisons essentiellement  idéologiques. Le parlement et les partis politiques ne font pas leur travail, les rédacteurs en chefs des médias sont soumis, soumis par osmose  culturelle, à des dirigeants cul et chemise avec les intérêts économiques de quelques magnats. Les Français crèvent d'idéologie et de mauvaise foi politique. Les Français crèvent de comportements criminels et inconséquents qui s'ignorent et qu'on ignore comme tels. Comme les excès des dirigeants sont identifiés en norme de neutralité et de la modération, les Français crèvent d'accusation "d'excès" contre la neutralité et la modération, quand ils posent de vrais problèmes concrets, étape indispensable pour élaborer de vraies solutions.

Les Français sont malades de leur culture dominante, car c'est leur idolâtrie de cette culture, riche mais aveuglante, qui imprègne les esprits et empêche vraiment de prendre en compte la réalité de toutes les personnes qui composent la société. La solution n'est clairement pas chez ceux qui idolâtrent notre culture.

C'est d'une certaine manière la raison d'être de mon site.

Pour l’anecdote, j'avais cette page "France" en projet depuis longtemps, mais je l'ai créée à l'occasion de la vengeance de Jean-François Copé et de ses copains UMP contre Martin Hirsch, auteur d'un livre dénonçant les collusions d'intérêts dans le bocal politique *. Je ne connais aucun des protagonistes de cette petite affaire mesquine qui consiste ni plus ni moins qu'à proposer aux députés de "sabrer la rémunération du président de l'Agence du service civique" après leurs belles rodomontades électorales sur la nécessité de renforcer le sens civique. Elle est typique de la réalité des relations politiques en France : indigne de responsables politiques. " Les députés UMP "instrumentalisent la loi pour faire régner la loi du silence" ".(Ce texte écrit en 2010 ignore bien évidemment l'affaire  Bygmalion .... pourtant annoncée dans cet épisode)

Après soixante ans de méditations, je considère d'une manière générale que la plupart des responsables politiques français sont absolument indignes de leur rôle dans notre pays. Je ne sais pas exactement quelles étaient ses motivations profondes, mais je comprends sous cet angle, lourd de sens pour le PS, le refus de Jacques Delors de se présenter aux présidentielles en 1995.

Il n'est dès lors pas étonnant pour moi que notre pays ait été aussi gravement impliqué dans un génocide, celui des Tutsi au Rwanda de 1990 à 1994, après avoir d'ailleurs été impliqué dans le génocide des Juifs sous l'occupation nazie. C'est une médiocratie crasse qui règne en France et rares sont ceux qui ont la force de l'en dégager.  La morale est aujourd'hui considérée comme impudique. Cachez cette morale que je ne saurais voir... Le misanthrope est devenu un bisexuel jouisseur. Victorieux d'elle, il la voit dictatoriale, unique et condamnable, tel qu'il pense ne plus être. Il a balancé son bébé avec l'eau du bain. Cette confusion mentale, obsédée par une sexualité fric-bling inondante, devenue fond de commerce médiatique et sociétal, presqu'institutionnel (les affaires DSK et Tron arrivées plusieurs mois après la rédaction de cette partie du texte ne font que le souligner), nie tout ce qui n'est pas confusion et imbrication néon-lumière. Un noeud de vipères cathodiques dont chaque vipère refuse viscéralement de s'échapper. Une dilution mentale absorbée par un trou noir inexorable.

Une médiocre campagne médiatique essaye de convaincre encore et toujours que "la Françafrique n'existe plus". C'est un mensonge. Ce qui n'existe plus c'est le monopole de la Françafrique dans les zones francophones. Mais elle est toujours là au milieu des arrivants chinois, américains, indiens et autres. La présence des nouveaux n'enlève rien à l'abjection politico-militaire et incohérente du "pays des droits de l'homme" qui est le seul à entretenir des bases militaires permanentes dans ces zones et à contrôler, statutairement et effectivement, la monnaie d'une grande partie de ces pays par un nazisme monétaire. Les nouveaux arrivant n'arrivent pas encore à la cheville de l'abjection française qui serait aujourd'hui "décomplexée", relève l'association Survie dont l'archéologue politique et économiste François-Xavier Verschave fut le pertinent "nommeur" et sonneur.

Je suis très profondément déçu par mes compatriotes au plan politique... et pourtant on ne peut faire de la politique qu'avec ses compatriotes, s'ils veulent bien laisser tomber le laid de la République, exploiteur de leurs "cerveaux disponibles"...

article publié à l'origine en novembre 2010 sous cette forme que je publie à nouveau en 2015

 

Sélection de dépêches et/ou mes réflexions

L'auto-intoxication française aujourd'hui, 2 février 2017

L'auto-inoxication française n'est pas seulement celle de l'enjolivement du passé, dont je parle à gauche de cette page, c'est aussi celle d'aujourd'hui. "L'affaire Fillon" du nom de l'homme dont je pensais qu'il était l'un des plus honnêtes à droite, même si je ne partage pas beaucoup de ses idées, me plonge dans les profondeurs de mon ressenti sur la classe dirigeante française. Car même si la justice ne trouvait rien d'illégal à lui reprocher, ce qui semble chaque jour de plus en plus improbable, les pratiques mises à jour à cette occasion, en particulier chez les "sages" du sénat, jettent encore plus l'opprobre sur les pratiques courantes des politiques français.

Les gens du nord de l'Europe sont scandalisés par nos pratiques, jugées normales par nos politiques. Comme, pardonnez-moi, on juge normal en France d'avoir été complice du génocide des Tutsi parce qu'on soutenait de 1975 à 1994,  un régime majoritaire et "légal" au Rwanda, mais arrivé par un coup d'Etat au pouvoir, attaqué par des "rebelles" qui étaient en fait des Tutsi contraint à l'exil par une politique de discrimination de nature raciale, même si l'analyse "raciale" était complètement infondée. Les mots sont souvent des couleurs pour nos hommes politiques et ils pensent naïvement qu'avec la bonne couleur la réalité change. Leur naïveté n'a d'égale que celle des électeurs. Le réel c'est ce qui est dans la tête des gens, même si c'est faux ! Jusqu'au jour d'une crise...où les têtes prennent conscience.

Je fus tenté en 1973 par la politique. Pendant deux ans j'ai adhéré au parti radical présidé par le "Macron" de l'époque : Jean-Jacques Servan Schreiber. Il avait combattu la torture en Algérie, il luttait concrètement contre les essais nucléaires français, il proposait une régionalisation française concrète, il avait des idées sur l'éducation et la justice sociale. Bref ce package me convenait à priori. Mais je fus choqué par cette expérience. Non pas vraiment à cause de son président, mais plus à cause de ses militants. Je me souviens avoir écrit une lettre que j'ai probablement perdue, où je disais : il ne suffit pas de dire la vérité, il faut être dans la vérité. Et j'ai quitté la vie des partis, en 1975 si ma mémoire est bonne. Jamais je ne fus tenté de rejoindre un autre parti. Ce monde me semblait profondément englué dans des pratiques douteuses, mais jugées normales, voire justifiées.

Je n'avais pas rejeté la responsabilité politique pour autant car elle me semblait nécessaire. Au début des années 80 j'ai accepté de me présenter sur une liste municipale dans un petit village. Aucune référence à un parti politique. Je fus élu et j'ai démissionné au bout de trois ans, car dans ce petit village de Côte d'Or de nombreuses maisons tombaient en ruines, menaçant la population jusque dans la cour de récréation de l'école. Rien n'était fait bien que je remettais régulièrement le sujet sur la table. Jusqu'à ce que je comprenne que sur onze conseillers municipaux, huit étaient propriétaires ou proches de propriétaires de bâtisses en ruines.

J'ai constaté dans ma vie professionnelle que j'ai dû accepter d'être disqualifié à plusieurs reprises pour des raisons morales. D'abord par mon choix d'être objecteur de conscience, ce qui me fermait les portes de la fonction publique et jetait un sérieux doute chez les recruteurs privés. Ensuite dans des entreprises où les pratiques des dirigeants étaient parfois malhonnêtes, même dans une coopérative de 50 salariés-associés où on attendit de moi, comptable, que je fasse de fausses déclarations fiscales au vu et au su de l'expert comptable, pour résoudre une situation tragique... J'ai beaucoup souffert de mes exigences professionnelles et aujourd'hui, alors que d'autres prennent tranquillement leur retraite, je dois continuer de travailler pour compenser des périodes de chômage, qui cumulées atteignent neuf années au total. On s'est beaucoup moqué de moi : "tu ne t'intégreras jamais", "il faut accepter de se salir les mains", "tu es un idéaliste", voire même un "fainéant".... etc. Cela m'a valu deux divorces, la souffrance de mes enfants, sans parler du sentiment fréquent de ne pas être pris au sérieux, bref l'humiliation pour rester honnête à mes yeux... et au passage une condamnation pour "abandon de famille" - défaut de pension alimentaire...

Aujourd'hui, aux portes du troisième âge, je mesure que mes choix initiaux étaient fondés, refus des partis français et objection de conscience au service militaire et à la pratique militaire. Quand je vois jusqu'où nos armées sont allées se compromettre en Afrique, notamment une complicité active dans le génocide des Tutsi au Rwanda, sur ordre de nos politiques, intoxiqués en retour par les informations remontées de l'armée..., je peux me regarder dans la glace, même si j'en paye les conséquences. Car la logique de la malhonnêteté est totalitaire, et trop souvent couverte par la légalité...elle impose qu'on se taise... comme dans toutes les cultures mafieuses. Mon expérience de français me le montre clairement.