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Rwanda


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Site créé le 23 octobre 2010 - continuation de la page Rwanda du site de Survie en Alsace qu' E.C. avait créé en 2002 et maintenu jusqu'en octobre 2010
Les informations sont sélectionnées de façon arbitraire si elles sont jugées intéressantes pour comprendre le Rwanda et sa région ou pour la réflexion sur son devenir

La chaîne de l'espoir au Rwanda en 1994

En 1994 au Rwanda, la chaîne de l'espoir fut un des premiers balbutiements, au sein de Médecins du Monde, de ce qui deviendra l'association du même nom quelques mois plus tard. Avant toute chose je tiens à dire qu'il va de soi que ce n'est pas parce que cette opération initiale fut instrumentalisée après coup, après avoir réellement sauvé une trentaine d'enfants rwandais, grâce notamment au dévouement des familles d'accueil, que l'idée d'association qu'elle a contribué à faire institutionnaliser ensuite, sous le même nom, devrait subir une quelconque opprobre. Cette association continue noblement sa belle mission à ma connaissance.

L'opération de "la chaîne de l'espoir" fut négociée en mai 1994, entre les organisateurs français (ONG et ministères) et le Front Patriotique Rwandais. Un accord prévoyait que des enfants rwandais victimes de graves blessures seraient soignés en France et qu'ils retourneraient ensuite au Rwanda.

Cette opération fut montée par Médecins du Monde, dont un médecin français était la cheville ouvrière sur le terrain, et le ministère français de la Coopération. Michel Roussin était alors ministre de la coopération. Philippe Douste-Blazy était ministre délégué auprès de Simone Veil, ministre d'État, ministre des Affaires sociales, de la Santé et de la Ville. Il était chargé de la Santé, objet fondamental de cet accord. Lucette Michaux-Chevry était ministre déléguée à l’action humanitaire. Le FPR n'était pas encore au pouvoir au Rwanda, mais il avait pris position dans la région de Byumba où travaillait ce docteur français, en plein génocide.

Cet accord ne fut pas respecté par les autorités françaises.

Plusieurs familles d'accueil gardèrent les enfants confiés, dont elles pensaient de bonne foi qu'ils étaient orphelins selon les autorités françaises. Ils purent les adopter sans aucune autorisation rwandaise. Un mépris notoire des lois internationales et françaises de toute évidence organisé délibérément par les autorités françaises. J'ai entendu parler de source sûre, d'une famille qui  réussit le tour de force de faire baptiser dans l’Église Catholique un de ces enfants, avant de l'avoir adopté -  un responsable politique fut parrain - cet enfant avait peut être déjà été baptisé dans l'urgence au Rwanda, vu que 90 % des Rwandais sont chrétiens. Elle l'adopta ensuite dans les semaines qui suivirent dans un délais d'une rapidité qui stupéfierait ceux qui attendent légalement l'adoption d'un bébé. S'il n'y a pas eu abus de droit multiples et des protections particulières, qu'on m'explique de quoi il s'agissait ... Certes c'est généreux d'adopter un enfant... mais cela doit se faire dans le respect des personnes et de leurs communautés d'origine.

Il faut ici rappeler qu'après le génocide et jusqu'en 2010, les autorités françaises refusaient de reconnaître l'accession au pouvoir au Rwanda du FPR et vouaient à son chef, Paul Kagame, une haine passionnelle médiatisée de façon multiforme et qui a eu des conséquences incalculables, notamment en RDC... Quoiqu'on pense du pouvoir rwandais, et on a le droit de penser ce que l'on veut, cette haine violente n'a pas encore disparu dans certaines strates du pouvoir français. Paul Kagame est en effet perçu, notamment par les militaires et certains diplomates et politiques français, comme la cause de leur échec au Rwanda et en RDC.

Ce refus de respecter l'accord a certainement laissé penser aux dirigeants rwandais, qu'on ne pouvait pas faire confiance aux médecins français de la chaîne de l'espoir. C'est particulièrement grave et irresponsable car cela peut et a pu gêner le sauvetage d'autres enfants. Ce n'est d'ailleurs pas la seule fois que la France n'a pas respecté des accords qui l'engageaient au Rwanda. Voir notamment mon étude particulièrement précise du premier accord d'Arusha. On "découvre" derrière ce comportement politique un mépris scandaleux à l'égard des africains de la part des autorités françaises.

Certes, ces familles se sont apparemment comportées en bons parents pour ces enfants, à l'aune française. Devenus majeurs, certains de ces enfants ont depuis renoué avec leur famille d'origine. Certains ont pu croire que cette démarche était impossible vu le contexte de chaos dans lequel ils ont quitté le Rwanda et l'absence d'informations les concernant pour certain d'entre eux. Certains membres de leur famille ont pu être rescapés,  mais il est difficile de le savoir... surtout si l'on n'a fait aucune recherche. Il est hautement moral, à plusieurs titres, de les soutenir dans cette démarche s'ils souhaitent l'entreprendre. A plusieurs titres, car tout enfant a un droit fondamental à reconnaître sa famille biologique ; car rien ne justifie, sauf décision de justice, qu'un enfant soit retiré à sa famille ou à défaut à son pays, à fortiori quand il existe un accord particulier ; et car tout accord politique doit être honoré si l'on veut sincèrement que le monde vive en paix.

Enfin, rappelons une loi facilement oubliée en ce qui concerne le Rwanda, (oubli enfin en voie d'être rompu depuis 2010 et le voyage de Nocolas Sarkozy au Rwanda) : en France, l'article 40 du code de procédure pénale fait obligation à toute personne dépositaire de l'autorité publique ayant connaissance d'un crime ou d'un délit de le signaler à la justice... Manifestement dans cette affaire de la chaîne de l'espoir au Rwanda en 1994, la justice française a failli soit par une trop grande soumission à un exécutif manifestement  présumé coupable, soit par une ignorance entretenue par ce même exécutif.

Alors me direz-vous, pourquoi rappeler cette histoire ? Les enfants se sont construits avec ces histoires. Il serait malsain de remettre en cause ce qui de toute manière est probablement prescrit et qui a été fait avec bonne foi dans la plupart des cas. Ces familles les ont aimés et eux-aussi. Elles font partie de leur vie. Le problème est le même que pour tout enfant qui ne connaît pas bien son histoire antérieure. On lui doit simplement la vérité, en sachant que la vérité de l'un n'est pas nécessairement celle de l'autre. On doit rappeler que la justice fut empêchée de fonctionner quand elle aurait du fonctionner et qu'elle a agit avec légèreté. Toute guerre engendre des situations où des enfants se retrouvent dans des histoires impensables qu'ils cherchent à dénouer parfois plusieurs dizaines d'années plus tard.

Il ne faudrait pas non plus que d'autres situations de ce genre se reproduisent. Aucun responsable français ne doit pouvoir penser qu'il peut être au-dessus des lois et des paroles données et autoriser ce qui n'est pas acceptable. Surtout s'il s'agit d'un accord avec  un groupe qualifié de rebelle et d'ennemi de la France, surtout si ensuite ce groupe prend le pouvoir sur un régime génocidaire soutenu par la France, et que l'accord initial devient de fait un accord avec un état africain qui se relève douloureusement d'un génocide... surtout si on prétend sans preuve que les familles qui s'expriment du Rwanda et réclament leurs enfants ne sont que des gens payés par Kagame....

C'est tout simplement une question de principe. On a profité de situations de faiblesse pour justifier une politique trop malsaine et je trouve cela particulièrement inadmissible. Si personne ne le dit, qui le saura ? Quand dans une démocratie les trois pouvoirs, exécutifs, judiciaires et législatifs, sont neutralisés, les citoyens doivent prendre le relais.