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         dédicace du roman "Jean-Christophe" de Romain Rolland - 1912

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Hommage aux justes du Rwanda

Quelle commémoration du génocide des Tutsi
en France en avril 2014 ?

Les militants doivent passer la main aux professionnels de l'enquête

Le petit monde de ceux que j'appelle les "Rwandeux" de France, et dont je fais pleinement partie, bruisse de cette "échéance".

Autant avant 2004 il apparaissait important de casser la chape de plomb qui écrasait l'évocation de l'implication de la France dans ce génocide, autant il est apparu en 2004 qu'il y avait matière à pousser à l'ouverture de procédures judiciaires en France, autant il apparaît aujourd'hui que le relais doit être pleinement passé à la justice française, malgré toutes les réserves que nous pouvons légitimement avoir.

Devant l'inertie des institutions républicaines, les militants se sont fait enquêteurs. Les enquêtes sont allées très loin malgré le peu de moyens. L'implication de la France s'est révélée beaucoup plus grave qu'escomptée, au point que certains se demandent si les autorités françaises ne sont pas co-auteurs du génocide tellement leur complicité est profonde. Des faits évoqués particulièrement graves sont malgré tout encore à éclaircir. La justice est saisie. Paul Barril et Laurent Serubuga sont notamment poursuivis depuis peu, en France. C'est un début. Ce sont les professionnels qui doivent prendre le relais. Ils sont payés pour cela. Comme citoyens français nous attendons qu'ils honorent le pacte démocratique. Nous attendons des politiques et des militaires qu'ils laissent faire la justice.

Un certain nombre d'axiomes et de faits doivent cependant être rappelés.

Le pays le plus habilité à exercer la justice du génocide est le Rwanda. C'est une évidence qui a été allègrement piétinée par le Conseil de sécurité de l'ONU, avec la complicité des grandes ONG internationales des Droits de l'homme, notamment Amnesty International, Human Rights Watch et la FIDH, puis par les justices nationales qui ont refusé d'extrader des présumés génocidaires au Rwanda. Tous nous ont intoxiqué par le préjugé invérifiable et donc partial, très défendu en France, que le FPR se vengerait et empêcherait l'état rwandais d'exercer une justice saine. Il aurait été plus efficace et pédagogique de laisser faire le Rwanda et de montrer une éventuelle influence négative du FPR sur le bon déroulement des procès. Mais il ne s'agissait pas de pédagogie pour ces détenteurs des pouvoirs, mais, malgré un génocide, d'échapper aux jugements et donc de se livrer à la désinformation des citoyens. On a privilégié le procès d'intention, reflet du déséquilibre nord-sud, par des dénigrements idéologiques qui entretiennent de fait le pouvoir international de leurs auteurs.

Finalement la Cour européenne des droits de l'homme pense autrement, après que le mal soit fait, comme pour se justifier :
La justice rwandaise offre à présent des garanties suffisantes
Lextimes - information juridiques - 4 novembre 2011

Toute cette horrible entreprise génocidaire s'est déroulée en langue rwandaise, le Kinyarwanda. Quel juge français, quel juge international comprend le Kinyarwanda ? C'est pourtant une langue complexe, aux mille nuances  et expressions imagées qui échappent souvent aux traductions. On a eu la témérité de se passer de la connaissance intime de la langue, probablement avec la prétention sous-jacente d'appartenir à une civilisation supérieure.

A titre d'illustration de cet aspect linguistique, l'idéologue rwandais Mugesera, extradé au Rwanda par le Canada, a tenté en vain par tous les moyens juridiques d'imposer le déroulement de son procès en français plutôt qu'en kinyarwanda. Cela lui aurait sans doute permis d'échapper à quelques considérations sur son célèbre discours de 1992 et surtout de pouvoir faire plus facilement pression sur l'opinion internationale par l'usage d'une langue occidentale. Rappelons que 100% des Rwandais parlent le Kinyarwanda et qu'il n'y a pas d'autres langues pratiquées au Rwanda, si ce n'est des langues internationales très marginales.

Quel pays occidental aurait accepté que des faits qui concernent sa population soient jugés en premier lieu ailleurs que sur son territoire et dans une autre langue ? Aucun.

Il conviendrait d'examiner les pressions exercées par la communauté internationale sur le TPIR, en particulier les pressions françaises et leurs acteurs

On mesure à quel point la faiblesse du Rwanda au lendemain du génocide fut instrumentalisée pour protéger les occidentaux impliqués dans cette affaire au prétexte, qu'ils agitaient eux-mêmes, du procès d'intention d'un manque de rigueur de la justice rwandaise. Juges et parties furent ces occidentaux durant tout le déroulement des procès du TPIR à Arusha. Le TPIR a de fait minimisé, voire blanchi dans certains cas, le rôle de présumés génocidaires notoires et mis complètement sous le boisseaux les complicités, françaises notamment, dans les affaires jugées. Les présumés génocidaires eux-mêmes ont gardé le silence sur la France, leur dernier recours éventuel.

Des instructions sont en cours et des procès se dérouleront en France

Les décisions étant prises, aussi mauvaises soient-elles, des procès vont avoir lieu en France. C 'est le jeux des pouvoirs en place.

Tout le monde reconnaît le rôle éminent du CPCR, Collectif des Parties Civiles pour le Rwanda fruit de la ténacité d'Alain et Dafroza Gauthier. Les personnes jugées sont des présumés génocidaires qui sont "réfugiés" et probablement protégés sur le sol français. Ces personnes auraient dû être jugées au Rwanda. Mais, dans un excès d’humilité, la justice française en a décidé autrement. "Sûre d'elle-même et dominatrice", elle se sent plus compétente que la justice rwandaise. Qu'elle nous le montre !

Des Rwandais ont porté plainte en France contre des militaires français. La situation juridique semble ici plus normale puisque les présumés coupables sont français. C'est le fruit des travaux de la commission d'enquête citoyenne et de Survie. Les procédures furent lancées en 2005. Plusieurs décisions de la Cour d'appel de Paris, avec l'aide supplémentaires des avocats de la FIDH et de la LDH saluons -les sur ce point, furent nécessaires pour dégager les obstructions du parquet en 2006. Mais cela va bientôt faire dix ans que les instructions sont ouvertes !

Ce sont les magistrats et les avocats qui doivent être soutenus et aiguillonnés, voire sévèrement critiqués.

Soutenus quand ils doivent agir contre des responsables politiques, administratifs ou militaires. Certains le font avec un grand courage qui honore notre justice.

Aiguillonnés, voire moqués parfois, quand on voit avec quelle désinvolture un juge parisien fut capable d'annoncer avec un grand sourire à l'intention de l'accusé rwandais que la justice française avait perdu son dossier et que de ce fait les poursuites contre lui furent suspendues ! Mais c'est la justice rwandaise qui serait incompétente ...

Critiqués, quand ils se font savamment manipulés, si c'est au mieux par bêtise, ou qu'ils se montrent capables de forfaiture, s'ils sont au pire conscients de la "manipulation",... tout le monde pense ici notamment à la catastrophe démocratique que fut l'ordonnance du Juge Bruguière à propos de l'attentat du 6 avril 1994 à Kigali. Je laisse à chacun le soin d'apprécier s'il s'agissait de bêtise ou de forfaiture ! Mais n'oublions pas quel degré de moutonnerie ont montré les grands médias français vis-à-vis de cette ordonnance et de son coryphée Pierre Péan, flanqué de son joueur de tambour du journal Le Monde, Stephen Smith.

Un processus d'indemnisation des victimes rwandaises et congolaises de l'action de la France dans l'Afrique des grands lacs depuis 1990 doit être établi

Si nombre de faits sont évoqués qui montrent que la présence française a porté préjudice à des personnes avant et pendant le génocide, voire après, aucune autorité française ne cherche à les faire évaluer. Aucune indemnisation des victimes n'est actuellement envisagée en France, dans d'autres pays ou à l'ONU. Seul le Rwanda à travers les tribunaux locaux Gacaca a contribué à cette exigence élémentaire. La "crassitude" française doit être nettoyée par une interpellation citoyenne.


21 juillet 2013